L’affaire de l’AFP: la polémique rebondit après les propos de Christine Albanel

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Les propos de la ministre de la Culture et de la Communication, Christine Albanel, sur la possibilité pour l’AFP de créer un service dédié à la reproduction des communiqués de partis politiques et de syndicats, n’ont pas, il fallait s’y attendre, mis fin à la polémique à propos de l’agence. Au contraire, le débat rebondit de plus belle et les réactions à cette proposition se multiplient.

Interviewé par Emmanuel Berretta, journaliste média du Point.fr, Pierre Louette, PDG de l’agence, condamne une fois de plus les propos de Nicolas Sarkozy – “Ils ont du mal à faire passer leur message auprès des Français et s’en prennent aux messagers. L’AFP n’appartient à personne” – mais se montre réceptif à la proposition Albanel en y voyant “une volonté louable de sortir par le haut de la polémique“. Concrètement, ce service pourrait voir le jour dans les modalités suivantes: limitation aux seuls partis bénéficiant, via leur nombre de voix, d’aides publiques et déresponsabilisation de l’agence concernant leurs contenues (d’éditeur, elle deviendrait transporteur).


Ailleurs, on s’insurge contre ce qui apparait comme une tentative de l’Etat de contrôler les faits et gestes de l’AFP, organe de presse de droit privé. De François Bayrou qui s’empare de ces attaques contre l’AFP pour proposer d’inscrire l’indépendance des médias dans la constitution (sur le modèle de l’article 4 “les partis et groupements politiquent concourent à l’expression du suffrage“) à Philippe Madelin, ancien journaliste de l’agence, sur Rue89 en passant par RSF, pourtant avare de critiques sur la situation des médias français; le rejet de la proposition Albanel est unanime.


Au delà d’une levée de boucliers nécessaire mais attendue et sans grand intérêt intrinsèque, c’est l’article de Philippe Madelin qui formule la critique la plus intéressante. Journaliste pour l’agence en Afrique sous la période gaulliste, il décrit une agence, fruit de la nationalisation d’Havas en 1944, fonctionnant comme le “prolongement du gouvernement et du Quai d’Orsay” et dont la raison d’être résidait dans l’expression de la voix de la France à travers le monde. A l’époque, un tel contrôle n’était pas un cas isolé, puisque le journal d’information de la seule chaine de télévision française était élaboré en étroite liaison avec le ministère de l’information. Mais, petit à petit, la concurrence implacable des agences de presse anglo-saxonnes a obligé l’agence à faire sa mue afin de regagner une crédibilité nécessaire à sa viabilité économique. Et aujourd’hui, si l’Etat dispose encore d’un levier important via les abonnements à l’agence que ses différentes administrations contractent, l’AFP a les moyens d’une réelle indépendance éditoriale. Dans cette optique, l’ajout, voulu par Mme Albanel, d’une disposition législative stipulant l’obligation pour l’AFP de fournir ce service de reproduction des communiqués au projet de loi sur la protection des sources s’apparente à une énième tentative du pouvoir de faire marche en reprenant le contrôle de cet outil.


Philippe Madelin met en garde: “Ravaler l’Agence France Presse au rôle de simple vecteur de transmission pour les “communiqués” des partis politiques, c’est-à-dire de l’UMP, serait le plus sûr moyen de marginaliser et détruire définitivement l’AFP

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