Rencontre avec… Guy Birenbaum

Rencontre avec… Guy Birenbaum

27 novembre 2007. Nous voici devant le siège des Editions Ramsay, où nous nous avons rendez-vous avec Guy Birenbaum, directeur de collection. Premier rendez-vous d’une longue série, auquel nous nous rendons avec un intérêt partagé… Nous sommes accueillis par une sympathique jeune femme, qui nous fait patienter quelques instants : nouveau venu dans l’entreprise, Guy Birenbaum n’est pas encore bien connu de l’hôtesse d’accueil… Il finit par nous rejoindre et nous guide dans son bureau duquel nous pouvons surveiller les allées et venues des autres employés au travers des larges fenêtres. A peine installés, notre hôte n’hésite pas à employer son célèbre franc-parler, qui nous désarçonne au premier abord mais qui sera plus que rafraîchissant au cours de cet entretien.

Le blogueur du Post.fr, qui est aussi la nouvelle voix de Rire et Chansons (où vous pouvez le retrouver tous les jours à 8h40), nous dresse un portrait sans complaisance des médias Français…

Des problèmes bien français…
Quand on lui demande son sentiment sur la situation des médias dans l’hexagone, notre interlocuteur est direct : selon lui, la France est l’un des rares pays où des industriels qui concourent à des marchés publics possèdent également des médias. Il insiste sur l’inefficacité de l’appareil législatif actuel, et soutient les propositions de François Bayrou ou des socialistes, qui souhaitaient empêcher les grands groupes en affaire avec les pouvoirs publics de détenir également des entités médiatiques. Pour illustrer son propos, l’universitaire cite le cas de LCI, la chaîne d’informations du groupe TF1, détenu par Bouygues : « cette chaîne a servi à fidéliser tous les parlementaires et même tous les élus en les invitant dans une émission de télévision, pour que dès qu’il existe un marché public dans la ville dont ils s’occupent, le groupe Bouygues le récupère ».

Les finances : le nerf de la guerre
Le cœur du problème est le problème de la dépendance économique. Revenant sur la situation des Échos (vous pouvez toujours lire notre entretien avec Vincent de Féligonde, président de la Société des Journalistes du quotidien), Guy Birenbaum explique la réticence des journalistes au rachat de Bernard Arnault par crainte de ne plus pouvoir écrire sur PPR (Pinault-Printemps-Redoute, concurrent de Bernard Arnault). Le même problème s’observe dans le cadre du mélange entre rédactionnel et publicité, qu’il qualifie de « lange des genres » : il fait référence aux critiques musicales ou littéraires, souvent peu crédibles puisque les ouvrages ou les disques en question assurent souvent la majeure partie des ressources publicitaires du journal dans lesquelles elles sont publiées.

Conflits d’intérêt ?
Guy Birenbaum est catégorique : « L’objectivité n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais ». Il cite deux des principaux journaux français – Libération, Le Figaro – pour bien montrer qu’il s’agit de « journaux d’opinion [qui] devraient s’assumer comme tels ». Il précise que tout le monde est confronté dans son métier à de potentiels conflits d’intérêts, lui y compris. Lorsqu’il était chroniqueur au Grand Journal de Canal+, il se souvient de la présence de Jean-François Copé en plateau, qui n’est autre qu’un de ses anciens camarades de lycée, une situation qui a immédiatement été précisée. Il regrette que ce genre de pratiques ne soient pas chose courante dans le milieu du journalisme, citant par exemple le cas de Claire Chazal et de l’ancien ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres, qui n’est autre que le parrain de son fils. La suspicion vient selon lui, du fait que ce genre d’informations sont cachés du grand public. Il ne croit pas à l’intervention d’organismes de contrôle comme le CSA, affirmant que seul l’auto-contrôle est efficace.

Internet : vraie révolution ou simple évolution ?
Interrogé sur le rôle grandissant d’Internet avec des sites comme Rue 89, Guy Birenbaum est plutôt réservé : « C’est juste la multiplication des petits pains, mais ils ne sont pas meilleurs, les petits pains ». Bien entendu, il nuance en indiquant que cela crée une liberté supplémentaire pour les journalistes, mais il insiste également sur les effets pervers de ce nouveau mode de communication : « Quelque chose qui doit sortir sort, mais n’importe quoi sort aussi. Le problème, c’est donc de faire le tri entre la vérité et les rumeurs ». Un tri qui est selon lui bien difficile à faire pour l’internaute lambda, qui doit trouver son chemin entre une forêt de sites divers et variés.

Les difficultés du métier
Rappelant sa fonction d’universitaire, il termine en nous parlant des difficultés du métier de journaliste, et de l’ignorance des observateurs de ce monde fermé. N’ayant jamais été confrontés aux délais qui font partie des exigences de production de la profession, il regrette que certains croient déceler des manipulations partout, alors que parfois, il s’agit simplement d’un manque de temps pour le journaliste qui devait faire à un délai très court : « La vision universitaire du journalisme, c’est n’importe quoi » insiste t-il. Il nous glisse néanmoins une dernière note positive, affirmant que la crédibilité du métier peut facilement se renconstruire, avec « un peu de conscience »…

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