La “youtubalisation” des municipales - Partie 2

Youtubalisation

Un nouvel élan pour l’information ?
A première vue, on ne peut que se réjouir de se regain de transparence que l’internaute apprécie. Internet semble en effet lui donner la possibilité de remonter à la source de l’information, et par conséquent de se forger sa propre opinion. Comme l’a affirmé Guy Birenbaum lors de notre rencontre (à découvrir très prochainement sur le site), “la multiplicité fait que plus rien ne peut rester caché“. Par conséquent, la transparence du débat public semble sortir renforcée par la diffusion de ce type de vidéo. Le web assure la promotion de nouveaux contenus qui n’auraient probablement par trouvé leur place au sein des reportages des journaux télévisés traditionnels.

L’épisode maintenant célèbre de Nicolas Sarkozy au Salon de l’Agriculture montre le pouvoir de la toile : sans le buzz créé sur Internet, cette “petite phrase” n’aurait certainement pas eu pareille résonance dans la presse écrite et à la télévision. De plus, ce genre de vidéos est potentiellement révélatrice de la “véritable” personnalité d’un homme ou d’une femme public, différente de celle qu’ils veulent bien nous montrer au travers de leur plan comm’ réglé dans les moindres détails et que ces séquences prennent violemment en défaut.

Public / Privé: mais où est passé le off ?
Cependant, cette démocratisation de l’accès à l’information ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes, au premier rang desquels on trouve la disparition de la personne privée au profit de la personne publique. Habitués à cultiver ce que l’on appelle le “off” (d’où le nom de ce blog) auprès des journalistes, les hommes et femmes publics doivent aujourd’hui prendre constamment soin de leur image, la frontière entre ce qui est publiable et ce qui ne l’est pas devenant de plus en plus floue. A cet égard, une anecdote nous semble particulièrement révélatrice de ce type de dérives. Après son passage dans l’émission Dimanche+, Julien Dray a raconté aux caméras de canalplus.fr que quelques jours après un déjeuner avec sa fille, un de ses collègues députés était venu le voir sourire aux lèvres “dis-donc, tu étais avec une jolie brune l’autre jour, j’ai une photo“, photo qui lui avait été envoyée par Internet. Le moindre dérapage ou écart de conduite est aujourd’hui susceptible de faire le tour du web et de porter un coup à leur crédit politique.

Langue de bois et crêpages de chignon
Dès lors, deux évolutions du débat public sont à craindre. D’un côté, Internet risque de conduire à une aseptisation encore plus importante de la vie politique : langue de bois, auto-contrôle permanent deviendraient la règle par peur de la petite phrase ou du geste de trop dans un débat public qui ne brille pas naturellement par sa franchise. De l’autre, les comportements nerveux ou agressifs vis-à-vis des journalistes pourraient se multiplier, les personnalités devenant de plus en plus craintives à l’égard des médias. Pas plus tard que cette semaine (c’était le 5 mars), l’équipe de LaTéléLibre.fr, qui effectuait un reportage sur une réunion publique de la candidate Rachida Dati (7e arrondissement de Paris), s’est vue empêchée de réaliser son travail, puis expulsée. Un événement particulièrement éclairant lorsque l’on sait que c’est la télé libre qui avait diffusé la vidéo où Rachida Dati s’auto-proclamait « Ministre de la rénovation urbaine au Karcher ». En outre, si ces contenus peuvent éclairer le débat public, ils peuvent également l’obscurcir. La manipulation de ces séquences vidéos peut être chose aisée : montages, déclarations sorties de leur contexte, trucages… mais aussi la diffusion à des moments stratégiques de vidéos tournées bien auparavant. A ce titre, on ne peut que regretter que bien souvent, ce type de contenus soit posté par des anonymes.

L’apport positif de ces vidéos à l’information est incontestable : dans un monde réglé par des plans de communication, elles apportent une véritable bouffée d’air frais. Néanmoins, il ne faut pas non plus les prendre pour des vérités absolues et faire preuve à leur égard d’un véritable esprit critique pour éviter de se faire manipuler par ces images.
Comme vis-à-vis de n’importe quelle source d’informations…

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