
Pratique initiée à l’occasion des dernières présidentielles, la mise à disposition de vidéos sur les sites de partage comme DailyMotion ou Youtube mettant en scène une personnalité politique dans une situation potentiellement compromettante fait aujourd’hui les beaux jours du net à l’heure des municipales. Petit retour en arrière: automne 2006, les primaires battent leur plein au Parti Socialiste … Un mystérieux Jules-Ferry met en ligne une vidéo de Ségolène Royal, où celle-ci, lors d’une réunion en petit comité en Janvier 2006, revient sur le sujet délicat du temps de travail des enseignants. Des propos non destinés à être publiés et qui provoquent immédiatement une levée de boucliers chez ses opposants, de droite comme de gauche, qui n’hésitent à s’en servir comme argument de campagne. Quelques semaines plus tard, c’est au tour du journaliste politique Alain Duhamel de faire les frais du web: interrogés à SciencesPo, dans le cadre d’une conférence organisé par les jeunes UDF, il avoue sa préférence pour François Bayrou. Polémique, France 2 et RTL le suspendent d’antenne le temps de la campagne. Enfin, après les législatives de juin 2007, le secrétaire général délégué de l’UMP, Patrick Devedjian, se fendait d’un explicite « cette salope » en faisant référence à Anne-Marie Comparini, ancienne députée UDF.
Ce phénomène fait les choux gras des médias traditionnels qui reprennent et commentent abondamment ces dérapages politiques. Certains consacrent même des rubriques spéciales au déroulement des différentes campagnes sur le net, à l’image de la rubrique « Campanet » de Dimanche +, l’émission politique de Canal +. Après une relative accalmie, le buzz reprend de plus bel à l’occasion des élections municipales 2008, deuxième rendez-vous politique majeur du quinquennat. Tour d’horizon et tentative de décryptage.
Rama Yade : étoile montante du gouvernement… et du net !
Rama Yade, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et aux droits de l’homme, est devenu une véritable star du net depuis quelques temps avec la diffusion de propos « polémiques ». Présente sur la liste UMP de Colombes, elle dénonce « Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c’est cette gauche qui s’en prend à moi, (…) parce que je suis noire ». Évidemment, tollé au sein du Parti socialiste: la tête de liste locale, Philippe Sarre, porte plainte pour diffamation, faute d’excuses de l’intéressée. Mais une polémique balaye l’autre et c’est au tour d’une autre vidéo de la benjamine du gouvernement d’entretenir le buzz: interrogée sur le spray Malodore, destiné à repousser les SDF, lors d’une visite de soutien au candidat UMP d’Argenteuil, elle déclare alors « il faut tout tenter dans une ville, il faut essayer ». Face à l’indignation provoquée par ces propos, elle s’en excuse, évoquant un malentendu. Pour un membre du gouvernement qui bénéficiait jusqu’alors d’une image globalement positive dans l’opinion, le dégât politique, s’il est difficile à estimer, est néanmoins certain.
Quand Cavada applique la maxime de Fénelon : « Quiconque ne sait pas se taire est indigne de gouverner »
Membre du gouvernement, une catégorie à laquelle Jean-Marie Cavada pourrait bien ne jamais appartenir. Présenti pour l’après-municipales depuis qu’il est tête de liste UMP dans le 12e arrondissement de Paris, le candidat pourrait bien pâtir de son silence face aux déclarations « sulfureuses » d’un intervenant, Yvan Stefanovitch, lors d’un café politique. En effet, l’auteur d’un livre sur le « système Delanoë » y dénonçait des subventions attribués à des associations relevant de la communauté juive: « c’est le problème du vote juif, c’est le problème de l’attribution des subventions et ça c’est pire que Dachau ». Cette attitude lui vaut rapidement les condamnations unanimes de l’opposition mais également du monde associatif, le Crif s’interrogeant par exemple sur son absence de réaction. Face à cette indignation, le transfuge du Modem affirme ne pas avoir entendu de telles déclarations, qu’il condamne a posteriori. Une ligne de défense fragile, au visionnage de la vidéo où l’on s’aperçoit qu’il n’était assis qu’à quelques mètres de M. Stefanovitch, que celui s’exprimait avec un micro et que l’assistance était plutôt silencieuse.
Les insultes pleuvent sur la campagne
Le vocabulaire fleuri de nos hommes politiques fait également, dans la droite ligne du « salope » de Patrick Devedjian, monter la température sur le web et la tension dans la campagne. Le présidentiel et désormais culte « casse toi alors, pauvre con » a fait exploser le compteur de visites du site Internet du Parisien, qui a publié la vidéo. Un dérapage qui ne devrait pas contribuer à endiguer la chute de popularité du chef de l’Etat dans les sondages et qui continue d’alimenter le débat public. Quand au plus anonyme « va te faire foutre, pétasse » lancée par Jacques Peyrat, maire sortant et candidat à sa propre succession à Nice, à l’une de ses administrées, il se traduira nécessairement par la perte d’au moins une voix. Mais cet accrochage pourrait se révéler dévastateur pour un candidat mis à mal par le non-soutien de l’UMP, qui lui a préféré Christian Estrosi, sécrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer et proche du président de la république.
Comiques malgré eux ?
Dans un registre plus léger et cocasse, Dominique Perben, candidat UMP à Lyon et en difficulté dans les sondages, tente maladroitement de remobiliser ses troupes en se fendant d’un « on va les défoncer » à propos du camp socialiste. Diffusée une première fois dans sa version originale sur le site du candidat, la vidéo a fait rapidement l’objet d’un nouveau montage écartant la séquence en question. Une prise de conscience trop tardive puisque 20minutes.fr avait déjà repéré le débordement d’enthousiasme de l’ancien garde des sceaux. Autre candidature menacée, celle de Françoise De Panafieu, qui visiblement agacée par l’attention portée à Bertrand Delanoë, lâche un lapidaire « tocard » devant les caméras de Canal +. Diffusée dans Dimanche +, la séquence fait ensuite le tour du net au point que l’intéressée est obligé de se justifier et nous donne une leçon de vocabulaire originale, affirmant sur LCI.fr que « honnêtement, tocard, c’est plutôt sympa ». Vérification faite dans le Petit Larousse, « tocard, n.m., 1. cheval de course médiocre ; 2. personne incapable », CQFD. Enfin, il est amusant de découvrir les propos de Jean Sarkozy, affirmant lors d’une réunion publique à Neuilly, qu’il soutenait « à mort » David Martinon: des propos qui font sourire quand on connait la suite des événements…
La suite au prochain épisode, à découvrir ici…


